dimanche 24 novembre 2013

Graduation 2.0

J’ai eu l’opportunité de faire quelque chose de très spécial cet automne: retourner à l’université! Y retourner non pas pour étudier mais bien pour partager ce que j’ai appris avant et après ma graduation. Depuis longtemps, j’avais ce désir de prendre une heure devant des étudiants universitaires pour leur offrir une perspective différente, une vision que j’aurais tellement aimé avoir à cette époque.

Voici les images que j’ai présentées et les messages qu’elles portent. 


Deepwater horizon, la perle des plateformes  de forage dans le Golf du Mexique, hôte d’un puits de pétrole historique de 35 000 pieds de profondeur. Ce fruit de l’ingénierie engendra le 20 avril 2010 la plus grande fuite de pétrole de l’histoire de la planète, fait 11 victimes et blessé 17 personnes. L’enquête subséquente a révélé que la compagnie BP était responsable de plusieurs anomalies et échecs dans les systèmes de sécurité de la plateforme de forage. L’entreprise trouvait trop lente la percée du puits et poussa l’équipe à accélérer le travail au détriment de la sécurité de l’opération. S’en est suivit un cercle vicieux provoquant la situation que l’on connait. « Drill baby drill. »

Le message ici est de ne jamais faire de compromis sur ses ambitions, ses rêves, ses idéaux, ses valeurs. Autant personnellement dans son choix de partenaire que professionnellement au travail ou sur un projet. Souvent, quand on fait des compromis les choses explosent. L’autre leçon est que les énergies fossiles sont le passé. À vous de trouver l’alternative et les inventions qui changeront le futur!



J’ai dévoré le livre de Georges St Pierre cet été en vacances; une extraordinaire lecture sur la carrière et la culture de champion du samouraï du Québec. J’ai découvert chez lui cette passion pour la connaissance, l’élément au cœur de ses combats. J’ai découvert aussi son rêve, celui de devenir le meilleur athlète d’arts martiaux de l’histoire. Pour GSP, le moyen d’y arriver est clair : acquérir le plus d’information sur le karaté, le Jujitsu ou la lutte mais aussi sur la capacité d’adaptation de son corps,  de sa psychologie, la nutrition, etc. Il s’est bâtit une équipe de confiance qui croit que la force physique est une chose, mais qu’elle possède plusieurs limites alors que la force mentale et la puissance des connaissances surpassent les obstacles de façon pérenne.

En sortant de l’université je pensais ne jamais y retourner. Il faut dire que mon expérience n’a pas été un cas de référence! Je pensais que je pourrais acquérir des connaissances par des projets concrets, par des lectures personnelles et par des rencontres uniques. Cela ne m’a jamais semblé aussi évident aujourd’hui mais un recul de deux dans, après des expériences comme celle de l’école d’été HEC Mosaic sur le management de la créativité et surtout après la lecture de ce livre, j’ai conclu qu’un jour, je retournerais sur les bancs d’école, approfondir un sujet qui me passionne. Le savoir est un projet de vie.


Ah l’échec! Nous avons tellement de difficulté avec l’échec au Québec.  Pourquoi aimons-nous tant traîner 10 jours dans les médias les gens qui vivent des échecs pour ensuite les oublier? Peut-être parce que l’échec est considéré comme étant privé et que les succès sont étiquetés publiques? Quel paradoxe! Pourtant, l’échec est un lieu de connaissances extraordinaires! L’échec est une force, une résultante inévitable pour ceux qui osent prendre des chances et changer les choses. L’échec est bénéfique! C’est la meilleure façon d’apprendre pour aller plus loin. C’est le véhicule par excellence pour acquérir des connaissances.

L’échec est aussi une opportunité. Il ouvre des portes que l’on n’aurait jamais pu imaginer auparavant! C’est l’occasion de se retrouver avec soi-même, de faire le point, de prendre du recul et de se réinventer.

Pierre Gauthier a été DG des Canadiens de Montréal pendant un peu plus de deux ans. Le leadership de celui qu’on surnomme « le fantôme » pour sa personnalité froide, paranoïaque et distante, s’est achevé par l’écroulement de l’équipe au classement général pendant la campagne 2011-2012. Gauthier a été remercié le 29 mars 2012 par le propriétaire de l’équipe, Geoff Molson. 

La perception et le consensus voulaient que Pierre Gauthier devienne un paria à travers le monde du hockey et doive subir un exil avant de revenir dans le giron d’une organisation. La réalité fut tout autre. Le 11 juillet 2012, à peine 4 mois après son congédiement, il devenait directeur du personnel des joueurs chez les Hawks de Chicago. Moins d’un an plus tard, il remportait une Coupe Stanley! Quelle histoire!

L’échec est le contraire du succès mais franchement, est-ce aussi blanc ou noire? Souvent, ce n’est qu’une question de détails, de chance, de casting, etc. Bref, ce sont les petits gestes à tous les jours, qui font de grandes choses en bout de ligne.

L’échec mène à la connaissance de soi. On doit persévérer et y croire, ne jamais laisser la quête du succès nous amener à perdre qui l’on est. Dustin Hoffman à son passage au « Actor’s Studio » a offert une citation exceptionnelle de Picasso : « If they took away my paints I’d use pastels. If they took away my pastels I’d use crayons. If they took away my crayons I’d use pencils. If they stripped me naked and threw me in prison I’d spit on my finger and paint on the walls.” Voici l’extrait.


 « Tout est une question de contacts! ». On l’entend souvent celle-là! Trop souvent, je la trouve arbitraire et calculatrice. Pourquoi ne pas s’investir plutôt dans la notion de relations personnelles. Qu’est-ce qui est significatif : des gens qui nous voient comme des centres de profits ou des gens qui se mettent au service des autres, sans rien attendre en retour? Évident, non?

Marc Trestman a connu une superbe carrière dans la NFL comme coordonnateur offensif. Il était reconnu à l’époque comme un fin stratège offensif. Pourtant, il se savait aussi entraîneur chef! Personne ne voulait lui donner cette chance dans la « grande ligue ».  Coach Trestman a donc saisi une opportunité dans la CFL, avec les Alouettes de Montréal, un milieu sportif que les américains considèrent toujours comme une terre d’exil. Il a été entraîneur chef ici pendant 5 saisons, atteignant la Coupe Grey à trois occasions (2008, 2009 et 2010) et remportant le titre à deux reprises (2009 et 2010). Tout au long de ce processus, à chaque hiver, coach Trestman retournait aux États-Unis dans l’univers de la NFL dans le cadre de plusieurs mini-camps d’entraînement en tant que consultant pour entraîner de jeunes quart-arrières. 

Pourquoi ne pas profiter de la période de repos sur une plage dans le Sud? Parce qu’il avait confiance en son rêve; il se savait entraîneur chef dans la NFL! Il s’est donc investit dans ses relations personnelles : il aidait à développer les jeunes talents de certaines organisations, il partageait ses connaissances, il développait du savoir avec d’autres et demeurait au fait des enjeux, des personnalités de la ligue. Bref, il demeurait impliqué, au service des autres. À force de persévérance, il a convaincu les sceptiques et à décrocher en janvier 2013, le poste d’entraîneur chef des Bears de Chicago!

Pourquoi ai-je mis une photo des HEC aux côtés de coach Trestman et Jay Cutler son quart-arrière? Parce que tout comme une équipe de football qui a une équipe défensive et une équipe offensive, vos projets nécessiteront des experts multidisciplinaires. Le second message ici est que la chose la plus difficile dans la vie est de trouver votre casting, votre gang! Pour trouver les gens avec qui vous voudrez bâtir une idée, si c’est ce qui vous intéresse, il vous faudra sortir de votre zone de confort! Pourquoi ne pas aller aux HEC, rencontrer les gens au « 4 à 7 », même s’ils ne vous invitent pas. Il y a là la chance de découvrir des gens d’un autre monde que le vôtre. 


Deux images : une femme submergée par le travail et Marissa Mayer, CEO de Yahoo, fière, forte, confiante. Je suis convaincu qu’il faut choisir et qu’à quelque part le succès est une question d’attitude. Pour moi c’est une question de subir ou de participer dans un projet, de mener. C’est un choix que chacun doit faire, une discipline à développer.

Je l’ai vécu. Pendant mes premiers mois au travail, je voyais l’action passée et je ne me sentais pas impliqué dans le destin de l’entreprise. Pendant des vacances d’été au Costa Rica, j’ai tout coupé avec le monde extérieur : j’ai pris du recul. J’ai alors décidé qu’au retour je changerais d’attitude par rapport au milieu professionnel dans lequel j’évoluais. J’ai décidé de prendre des risques et de me faire confiance. J’ai alors commencé à dire non à des choses, à dire oui à d’autres, celles importantes, à envoyer des courriels aux associés, à prendre des chances sur des dossiers. Tout a changé! Pendant l’année qui a suivie, j’ai trouvé un défi important qui me plaisait, qui correspondait aux besoins de la firme et qui m’a permis de contribuer à ces succès ainsi qu’à mon bonheur professionnel. Je suis convaincu qu’à partir du moment où l’on décide de prendre le contrôle de notre destin, d’agir en propriétaire sur un sujet donné, la moitié du chemin est parcourue. 


Il faut aimer ce que l’on fait. Le dicton qui dit que pour réussir et avoir une vie équilibrée il faut vivre de ses passions est fondé. Pourquoi? Parce que le succès passe inévitablement par des investissements massifs en temps et en idées. Et si vous n’aimez pas ce que vous faites, si vous n’êtes pas passionnés par votre quête, comment allez-vous-y dédier corps et âme? Avons-nous le temps de gaspiller notre temps?

Je crois que l’ultime projet est celui de bâtir un environnement dans lequel on peut avoir du plaisir au travail avec des collègues, hors du travail avec la famille, les amis, faire du sport, prendre soin de nous, s’impliquer socialement et poursuivre ses intérêts. 

La réussite finalement s’est peut-être l’atteinte d’un équilibre entre tout ça?


Je trouvais important de soulever le point de l’entrepreneuriat parce qu’il n’y a jamais eu époque aussi propice et importante à partir des entreprises : l’apogée des technologies de communication, les modèles que sont Elon Musk (Tesla), Jack Dorsey (Twitter), Mark Zuckerberg (Facebook), Andrew Mason (Groupon) et Nick Woodman (Go Pro), le taux de chômage des jeunes en Europe, la disponibilité de financements, les iniquités sociales, les chocs démographiques et les défis environnementaux. Peut-être qu’une majorité d’entre vous sera fondateur de votre emploi dans 5 ans?

J’aime beaucoup la notion de « se mettre au service des autres ». C’est pour moi l’élément clé derrière l’entrepreneuriat; trouver une solution à un problème qui touche un public donné. En ce sens, je crois qu’il est essentiel de devenir détective de problèmes et dépisteur de talents. Voilà un mandat difficile à accomplir pour les universités et un endroit où vous devrez peut-être vous aventurez seul. J’ai illustré cette idée avec deux photos. La première est celle de Colombo, le célèbre détective de la télévision et la seconde, celle d’un duo paradoxale, Bob Gainey et Trevor Timmins. 

J’aime beaucoup les sports, ça a le mérite d’être clair depuis le début de ma présentation! J’adore surtout l’angle de la gestion, suivre les jeunes talents et le repêchage amateur à chaque année. Je voue donc un certain culte à Trevor Timmins, directeur de repêchage amateur des Canadiens de Montréal depuis 2002. D’une part parce qu’il s’agit d’un personnage candide, passionné et déterminé. D’autre part, parce qu’il présente la meilleure moyenne au bâton en termes de partie jouée pour les joueurs qu’il repêche depuis qu’il est en poste avec le CH. 

L’avenir appartient à ceux qui savent s’adapter, prévoir le changement et développer un système efficace à court, moyen et long terme. Timmins sait faire cela avec brio pour le département des espoirs d’une équipe de hockey professionnelle. Il est pour moi un exemple parfait d’intrapreneur, un entrepreneur à l’intérieur d’une grande organisation. Bref, pour devenir entrepreneur, je crois qu’il faut avoir l’œil pour les problèmes et l’instinct pour les solutions.


Votre graduation approche. La vraie vie va donc commencer par votre entrée sur le marché du travail : la liberté, l’indépendance! En fait, la vraie vie est déjà commencée. L’université est un vaste champ de pratique et c’est une chance unique, un avantage d’y étudier! C’est une préparation pour le marché du travail. Ce n’est pas banal. Vous performerez au travail de la même façon qu’à l’école, avec la même discipline. Ne dites pas au revoir trop vite car l’université est le moteur de l’économie. Pourquoi ne pas garder contact avec certains professeurs ou projets porteurs? Un jour, vous reviendrez à l’université et ce sera à votre tour de donner une présentation similaire. Je vous le souhaite!

Pour poursuivre l’histoire, trois discours de graduation hors du commun :

JP

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